L’hostilité envers les juifs : essai d’analyse polemique

Publié le par Votre juriste en Israel

Nous avons dans de précédents articles exposé les difficultés que rencontrent les Juifs pour construire des souccot mais également pour sortir de chez eux à Chabbat. Nous voudrions présenter ici une interprétation globale de cette tendance jurisprudentielle à partir d’une distinction conceptuelle peu usitée : la distinction entre antisémitisme et anti-judaïsme.
L'antijudaïsme est le terme qui sert habituellement à désigner la doctrine que les Pères de l'Eglise avaient formulé à l'encontre du judaïsme en tant que religion déicide. L'antisémitisme désigne pour sa part le sentiment d'hostilité, voire de haine, qui se manifeste à l'égard des Juifs sous prétexte qu'ils sont juifs et seraient pour cette raison différents du reste de l'humanité. Le passage de l'un à l'autre est généralement présenté comme la conséquence de la modernité, c'est-à-dire de l'émergence d'une conception du lien social qui fait abstraction des origines religieuses des individus pour privilégier leur soumission à des règles uniformes.
On peut les distinguer l'un de l'autre de la façon suivante : dans sa forme extrême, l'antisémitisme aboutit aux profanations de tombes visant ainsi à signifier qu'un Juif même mort n'en reste pas moins un Juif à qui le repos doit être refusé. La personne animée d'antijudaïsme ne manifestera pas son hostilité par des violences physiques mais plutôt par son indifférence. L'antisémite frappe le Juif ; l'antijudaïste laisse faire et ne sent pas concerné. Pour reprendre la distinction établie par l'historien P. Burrin dans son livre La France à l'heure allemande, 1940-1944 (éd. Seuil, 1996) pour caractériser les comportements des Français sous l'occupation allemande, l'antisémite collabore ; l'antijudaïste s'accomode de la situation sans pour autant approuver ce que l'Etat peut décider en la matière. L'enjeu est simple : pour l'antisémite, un bon juif est un juif mort ; pour l'antijudaïste, un bon juif est un juif qui a renoncé à sa religion.
Cette ambiguïté s'exprime parfaitement dans la condamnation contemporaine du gouvernement de Vichy. Xavier Vallat, premier commissaire aux questions juives, en bon maurrassien avait intitulé son programme l'antijudaïsme d'Etat. Il a cherché à instaurer une politique différente de celle des nazis en la matière ; il a été remplacé par Darquier de Pellepoix en 1942, celui-ci étant nettement plus en phase avec l'antisémitisme nazi. Condamner la collaboration ne revient donc qu'à envisager une partie de la politique anti-juive, celle alignée sur les orientations de l'Allemagne nazie. L'antijudaïsme est resté en suspens, ce qui permet de donner corps à l'assertion que les Français de cette époque n'étaient pas antisémites.
Nous savons à présent que les Etats se sont engagés dans la lutte contre l'antisémitisme et qu'ils ne cessent de rappeler leur détermination en la matière. L'antisémitisme continue d'exister mais, il ne peut plus s'exprimer en toute impunité. Dans cette perspective, partant du principe que l'antisémitisme ne présente un danger pour l'ensemble des Juifs uniquement lorsqu'il est relayé par l'appareil étatique, il est excessif de qualifier la France de pays antisémite. Les Juifs font l'objet d'une protection identique aux autres individus et les menaces ou violences qui leur sont faites ont vocation, compte tenu des textes existants, à être sévèrement réprimées.
La condamnation de l'antisémitisme vise à permettre à tous les Juifs, pratiquants ou non, de vivre en toute tranquillité. On pourrait même dire, comme Jean-Paul Sartre dans ses Réflexions sur la question juive, que la disparition de l'antisémitisme mettrait fin effectivement à la possibilité pour certaines personnes de revendiquer leur identité juive. A l'inverse, si on veut bien s'accorder sur le fait que dans le judaïsme, le juif n'existe que par sa pratique et sa conformation aux commandements divins alors, pour cette personne, la disparition de l'antisémitisme, c'est-à-dire encore une fois la haine envers sa personne en raison de son identité, n'est qu'un symptôme de l'incompréhension que peut précisément susciter sa pratique. Vu sous cet angle, la disparition de l'antisémitisme, si tant est qu'elle soit possible, n'a jamais eu pour vocation de mettre fin à l'antijudaïsme en tant que réprobation, voire désapprobation critique de la pratique religieuse.
Dans cette perspective, on comprendra que la simple condamnation de l’antisémitisme ne permet en aucune manière d’améliorer la situation des Juifs de France. Car si elle permet aux Juifs de France de vivre et d’être en parfait accord avec la politique sécuritaire du gouvernement, elle ne leur donne nullement la possibilité légitime de rentrer chez eux quand bon leur semble à Chabbat ainsi que de construire des souccot.  

merci pour la photo à Orly Ayhalom http://public.fotki.com/orlyyahalom/israel/   

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